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samedi 01 avril 2006

Les mollahs préparent-ils une Nuit de cristal ?

Par Alain Hertoghe, sa biographie |Alain Hertoghe (Carte de presse)

Cet article a été rédigé par un reporter d'AgoraVox, le journal média citoyen qui vous donne la parole.

Depuis que Mahmoud Ahmadinejad a pris ses fonctions de président de la République islamique d'Iran, le 3 août 2005, le petit fürher de Téhéran a édifié le monde entier par ses déclarations antisémites et négationnistes. A plusieurs reprises, il a qualifié la Shoah de mythe créé par les occidentaux et il a appelé à la destruction d'Israël (qu'il voudrait tout simplement rayer de la carte), ou - dans ses moments de bonté - au déplacement de l'Etat hébreu en Europe, en Amérique du Nord ou en Alaska...

Au-delà des outrances haineuses du nouveau président élu d'Iran, pour comprendre la nature profonde du régime des mollahs, il faut s'intéresser au sort qu'il réserve, depuis la révolution de 1979, à une discrète minorité religieuse : les baha'is. Née en Perse au XIXe siècle, la foi baha'ie (1) compterait quelque cinq millions de fidèles dans 235 pays et territoires de la planète, dont cinq mille en France. La Communauté internationale baha'ie a, depuis 1948, le statut d'organisation non gouvernementale (ONG) auprès de l'Organisation des Nations unies.

Pourquoi s'intéresser aujourd'hui aux fidèles de cette religion peu connue ? Parce que les mollahs de Téhéran seraient en pleins préparatifs de ce qui pourrait bien être une Nuit de cristal à l'iranienne. Et que, jusqu'à présent, les gouvernements et les médias occidentaux ne s'en émeuvent guère, à l'exception d'une administration Bush qui fait actuellement feu de tout bois contre le régime islamique.

D'après l'expert des droits de l'Homme de l'ONU, Asma Jahangir, le chef de l'Etat iranien, Ali Khameneï, aurait adressé une lettre confidentielle au chef d'état major des armées pour lui demander de ficher les quelque 350 000 baha'is vivant dans le pays. Dans ce courrier daté du 29 octobre 2005, il lui demanderait que les services de renseignement, la police et les gardiens de la révolution recensent dans le plus grand secret les fidèles du bahaïsme et surveillent leurs faits et gestes. Dans son communiqué du 20 mars dernier, Asma Jahangir craint que ce fichage n'annonce davantage de persécutions et de discriminations envers les baha'is.

Dans un texte adressé ce lundi à la presse, les baha'is de France ajoutent que Kayhan, quotidien proche du pouvoir, a accusé les baha'is, dans les dernières semaines, d'être des ennemis de Dieu, de l'islam, des traîtres à la nation, des espions d'Israël et des suppôts de l'Occident. Sans oublier les accusations classiques d'immoralité et de moeurs sexuelles débridées.

Pour les baha'is, l'établissement de ce fichier et le climat actuel rappellent les campagnes qui avaient annoncé les précédentes vagues de répression massive contre eux. En particulier, celle de 1955, sous le Shah, puis celle de 1979, au lendemain de la révolution islamique : arrestations, tortures, exécutions, maisons et fermes détruites, biens confisqués, commerces et entreprises brûlés et saccagés, cimetières profanés et rasés, cercueils exhumés, monuments historiques et lieux saints confisqués ou détruits, fonctionnaires licenciés, retraités contraints de rembourser leurs pensions, enfants et jeunes renvoyés des écoles et universités.

Le 16 décembre dernier, le quotidien Le Monde avait publié un appel lancé par une quinzaine de scientifiques et d'intellectuels français en faveur des étudiants baha'is d'Iran qui n'ont pas le droit de s'inscrire à l'université en raison de leur confession. La Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) avait lancé une pétition pour les soutenir.

Est-ce parce que les baha'is, ces croyants profondément humanistes, restent courtois et pacifiques dans leurs protestations, que la communauté internationale - les médias en particulier - reste relativement indifférente à leur sort ? Il serait temps que les gouvernements démocratiques, la France en tête, les défendent un peu plus énergiquement.

(1) Sans clergé, le bahaïsme s'organise sous la forme de conseils élus. Pour les baha'is, il n'y a qu'un seul Dieu, inaccessible, mais source d'inspiration ; les religions du monde sont des chapitres de l'éternelle révélation de Dieu aux hommes, et l'humanité, une seule race vouée à apprendre à vivre en paix. "La Terre n'est qu'un seul pays et tous les hommes en sont citoyens", selon leur fondateur. Source : les baha'is de France.


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